12 Rue Commerce

66400 CERET

France

04 68 87 38 30

EXPOSITION EN COURS
Nicolas CUSSAC
DU 10 mai AU 8 juin 2019

Galerie d’art moderne et contemporain à Céret

Nous sommes ouverts du mardi au samedi de 10h30 à 12h30 et de 14h à 19h.

 

 

 

Nicolas CUSSAC

 

du 10 mai au 8 juin 2019

QUI EST LÀ ?

Nicolas Cussac nous promène dans une maison vacante.

   Nicolas Cussac revient aux grands formats. Il y peint à nouveau des images de sa maison, mais cette fois-ci la narration n'implique pas ces figures humaines pour lesquels lui-même et ses familiers ont posé naguère. Ne restent dans une des œuvres, que le bras et l'épaule gauche (du peintre, on présume). Plus de chasseur fatigué de faire couler le sang, plus de Vénus lasse de l'onde, plus d'enfants candides au milieu de leurs animaux  de compagnie dans un crépuscule paradisiaque. Personne. Cussac et dans son dos le spectateur regardent un espace vide, vidé, vain.
   Naît alors de cette vacuité une réflexion maniériste. La  mélancolie et sa complice l'ironie se traduisent par une volonté de surprendre, comme dans l'autoportrait au verre déformant du Parmesan et la maison penché de Bomarzo qui fait perdre l'équilibre au visiteur. 
   Ici un faitout recouvre toute la surface de la gazinière. Est-ce un objet utilitaire sur un joujou ou ou un ustensile surdimensionné dans lequel on cuit je ne sais trop quel brouet. D'autant qu'on va le retrouver ailleurs, à sa taille normale, sur une table dressée pour cinq et qui n'accueille qu'un seul convive dont on ne voit qu'une épaule. On pense à Pélops, bien sûr et au repas servi par Tantale à des dieux en visite. Mais non, l'assiette au bout de la table, dans une perspective différente de l'ensemble, attend une présence plus quotidienne, plus terrestre, qui tarde à venir, peut-être la maîtresse de maison encore occupée ailleurs. Pour qui les trois autres assiettes ? Pour quels dieux inconséquents et disparus ?
   Où sont les baigneuses ? Elles ont déserté cette baignoire enserrée entre trois cloisons protégées par des carrelages aussi colorés que les hammams orientaux et vide maintenant. On a oublié d'accrocher le serpent de la douche, il s'étale mollement, sorte de squelette terminé par une poire suggestive (Que suggère-t-elle ? Dieu seul le sait). On était pressé de s'habiller et de partir.

 

Dans un dyptique, la fausse continuité du carrelage ne nous avertit pas assez que le cadrage a changé entre le panneau central et celui de droite alors que les verticales clament la rupture, la porte en particulier s'en trouve étranglée. Le panneau de gauche paraît d'abord moins labyrinthique, on voit, au carrelage précisément, le changement de perspective, ici la continuité nous dérangerait peut-être si la porte, vierge de tout artifice ne nous promettait autant une échappée vers un monde connu, solide, sûr. Or, si le pire n'est pas certain, le meilleur ne l'est pas davantage. Qu'y a-t-il derrière la porte qui nous attend déjà, chantait l'autre ? Voici comment Cussac transforme un lieu familier, familial, en rêve de l'empereur Rodolphe ou du mystificateur Borgès. Vous qui entrez ici...
   Que dire surtout de ce vieux buffet, faux Henri je ne sais combien, qui change de proportion de sa partie basse à sa partie haute, laquelle tient en l'air par miracle, les colonnettes qui devraient la soutenir ayant disparu. Pas tout à fait cependant. Un spectre de colonnette flotte tente d'apparaître à droite, hors situation. Il gagne le concours sur tous les autres spectres errants que nous avons cru rencontrer durant notre visite. Que dit cette bouche d'ombre ? Paroles de père à fils, ou de fils à père, sur les remparts du vieux château. Au dessous, on a enlevé le tiroir et dans cette béance démesurée et comme infinie, des couteaux en attente de massacre. Quel Abraham en prendra un pour égorger son fils en hommage au vrai Dieu ? Se servira-t-il d'un de ces couteaux de cuisine ? Ils semblent avoir beaucoup servi ? Ou de l'opinel, fatigué lui aussi ? Ces menaces fantômes peuplent les poubelles de l'Histoire et de notre propre passé.
   L'oeil de Cussac est fraternel. Il nous promène dans notre propre insatisfaction du temps qui passe et des simples bonheurs qui s'effacent. Ce n'est pas une raison pour oublier ses mérites de peintre, attentifs aux jeux de la lumière, au rendu des matières, à un réalisme inséparable de sa poésie.

Roger Payrot

 

Ouvert du mardi au samedi de 10h30 à 12h30 et de 14h à 19h.