odileoms.com

Artistes

Expositions

Le coin chineur

La galerie

Contact

   

Accueil > Artistes > Jean-Pierre Corne

Jean-Pierre Corne

 

Jean-Pierre Corne

Et là-bas, seul, le phare entend aboyer, du côté des vagues de mer, la meute affamée des ténébres. Traqué d’exil, offert au ventre creux des mugissantes, il ne déclenchera aucun signe d’alarme. Monolithique, sexuel, ignorant du remord, il brûle de sève comme des jours qui se rendent à la vie. Il reste droit dans le grand tourbillon des couleurs jetées en travers de sa vie, rugissantes ou d’écume, à regarder de prés.

Plus loin un pont, d’où le matin peut prendre son envol. Franchi le seuil de la dernière pile s’attablent des nuages révèlant des secrets à qui tranche l’espace. Chaque rocher pourrait bien prendre si peu de cosmos dans ses fragments amalgamés, que l’on verrait par le menu, la parole souterraine de la pierre gélive à la coulée du gel. Pont sans péage, en rougecontinu, liant sang et passage ouvert sur l’infini.

... Ainsi, parfois, à observer le jeu des glacis formant des lumières nouvelles, on se met à l’écart des quelques lieues séparant nos clartés de nos ombres. Juste ce qu’il faut pour ne plus répéter vies ou morts successives. Juste l’azur rendu en la nuit même dont tant d’horreurs nous a distraits. Et décider de ne plus emprunter que chemins de traverses aux pas qui rythment l’instant-instant.

Jean-Pierre Corne, fidèle à sa langue originelle, est un peintre de l’énergie, du concept. Tout y prend place. Peinture de lumière, du dedans, du dehors et du détail qui recompose un tout, rien qu’à lui seul.

Qu’importe alors de remonter les vieilles lunes d’un débat sur l’ancien et la modernité ? Sur le figuratif ou sur l’abstrait ? Ce phare est-il bien phare ? Ou porte ? D’un jardin secret, sensoriel, pénétré des lectures, études, émotions qui traversent le peintre. Il n’ya pas de création ex-nihilo. Elle empoigne toujours les émotions volées à l’angle de la rue, du champ ou d’une rencontre pour libérer l’énergie qu’elles recèlent sans oublier leur âme. La relation qu’entretient la peinture au réel ne se conjugue pas au seul temps d’une représentation figurative. L’abstraction sait aussi définir un nouveau réalisme. Sans doute, plus subtilement, la relation au réel se nourrit-elle de la conjugaison d’une expression figurative-abstraite. C’est le choix de l’artiste. Jean-Pierre Corne rameute toutes les bannières d’ici ou bien d’ailleurs, lance ses touches en gerbes, façonne un temps multiplié, tire les fils du nuancier pour que la lave spirituelle s’arrache des eaux.
Alors que les vagues viennent trinquer au seuil de notre porte et qu’elles enfilent, comme ici, leurs robes de soleil.

Alain Dupeyron